• Peinture de paysages et "trompe-l'oeil" : Henri CADIOU

    Henri Cadiou (1906 - 1989) est un artiste peintre français. Fondateur du « mouvement Trompe-l'œil/Réalité », il fut aussi un défenseur du patrimoine architectural parisien et des cités d’artistes.

    Henri Cadiou est né à Paris le 26 mars 1906. Il est le fils unique d'Edmond Cadiou et Anna Lehners. Cadiou est un nom assez répandu en Bretagne, dont ses ancêtres paternels étaient issus, puis avaient émigré vers l'est, s’arrêtant dans un premier temps en Normandie, puis son père poursuivant jusqu’à Paris.

    Sa mère était d'une modeste famille luxembourgeoise. Le couple vit d'abord sur la butte Montmartre, puis au faubourg Saint-Antoine, qui était alors une pépinière d'ouvriers d'art exerçant ces superbes métiers artisanaux que le progrès technique a fait disparaître par la suite. Il est probable que l'immersion dans cet environnement a marqué la sensibilité de cet enfant plutôt calme et déjà très porté sur l’observation. Il montre, dès son plus jeune âge, un goût prononcé pour le dessin et griffonne sur tout ce qui lui tombe sous la main.

    Son père occupe un poste très modeste d'employé dans une petite entreprise. Socialiste, ami de Jaurès, il exerce des activités politiques et envisage d'y faire carrière. Cette ambition ne pourra pas voir le jour car il meurt en 1920, d’un accident d'anesthésie, au cours d'une intervention chirurgicale bénigne.

    On peut imaginer la difficulté de survivre pour sa veuve, avec un enfant de 14 ans, qui vient de réussir au concours d'entrée à l’école Estienne et que cet événement contraint a abandonner des études qu'il affectionnait, pour travailler comme apprenti, d'abord chez un ciseleur sur cuir, puis dans une imprimerie. L'enfant et sa mère se retrouvent dans un dénuement tragique, tentant de survivre en fabriquant à domicile des ressorts de cadenas.

    Malgré ces difficultés, Henri Cadiou tente de compenser sa frustration de formation en lisant tous les livres qu'il trouve, fréquentant assidûment la bibliothèque municipale. À l’époque, les musées étaient gratuits le dimanche. Il en profite pour y passer une grande partie de son temps libre. Il fréquente également les cours du soir de dessin, car il n'a jamais cessé de crayonner. Il y rencontre des artistes qui l'aideront à se cultiver et à s'extraire, au moins par la pensée, de la misère matérielle dans laquelle il baigne. Il n'a jamais oublié la pauvreté de son enfance et son influence est évidente dans les sujets qu'il choisira plus tard pour ses toiles.

    En 1925, il visite l'exposition des Arts décoratifs. Il est fortement impressionné par les conceptions de Le Corbusier.

    Il est appelé à faire son service militaire et intègre, en 1926, un régiment de dragons basé à Colmar. Bien qu'il ne supporte absolument pas la vie militaire, il profite tout de même de son séjour pour aller admirer le célèbre retable de Grünewald, auquel il voue une admiration qui ne se démentira pas.

    Nouveau malheur dans une vie déjà très éprouvée, il perd sa mère en 1927, alors qu'il vient d'avoir 21 ans et se retrouve totalement seul. Il a une telle soif de connaissance qu'il utilise tout le temps libre, que lui laisse le chômage dans lequel il se trouve plongé dans cette période de récession économique, pour étudier et dessiner. Il s'intéresse aussi bien à la science qu'à la littérature, à l'histoire qu'à la sociologie et à l'art. Il est alors attiré par le surréalisme de Dali.

    Sa décision de devenir peintre se détermine à la suite de sa visite de l'exposition de 1934 : Peintres de la réalité du XVIIe siècle, à l'Orangerie. À cette époque, il abandonne son poste salarié dans une imprimerie, pour monter avec un ami un atelier de décoration publicitaire, à Paris rue Duméril. Il se marie en 1935, et emménage au 65, boulevard Arago, dans le 13e, un ensemble d'ateliers d'artistes qui ne s'appelle pas encore Cité fleurie.

    À cette période, il est très impliqué dans le monde de l'art. Il fonde, avec Gaston Diehl et quelques artistes proches sur le plan des idées, le groupe Regain, fortement influencé par Giono, qui prône le retour à la nature. Il organise de fréquentes manifestations sur les différents mouvements littéraires et artistiques de l’époque. Sa femme, Myrtille, est pianiste, ce qui permet d'organiser des soirées musicales où se retrouve un monde jeune, bouillonnant et passionné.

    Sa doctrine picturale est en train de s'élaborer et il commence à affirmer sa volonté de « peindre principalement pour émouvoir et non pas afin d'illustrer des théories », ce qui était peu conforme aux mouvements picturaux de l'époque. Sa première exposition a lieu en 1937, au Salon des indépendants, auquel il restera fidèle toute sa vie.

    En 1939, à 33 ans, une tumeur se déclare dans son œil gauche, et un chirurgien doit en pratiquer l'ablation, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son œuvre.

    L'art et la publicité étant insuffisants pour faire vivre son épouse et ses deux premiers enfants, il a créé, en 1941, une école de dessin d'art graphique, qu'il installe dans le 13e, rue Léon-Maurice-Nordmann (qui s'appelle alors rue Broca), dans un lieu qui est devenu depuis la Cite Verte. Cette école sera plus tard reconnue par l'État et Henri Cadiou en sera nommé directeur titulaire en 1950.

    Il fait, en 1943, sa première exposition particulière dans une galerie parisienne, sous le titre « Peinture de la réalité ». Il y expose surtout des paysages. La critique des journaux de la collaboration est assez défavorable, ce qui ne le décourage pas dans la voie qu'il est en train de se tracer. L'invitation, en forme de fenêtre à deux battants, comporte une phrase qui est déjà une profession de foi : « Celui qui a ouvert sa fenêtre sur la réalité ne pourra plus jamais la refermer. »

    Entre 1937 et 1945, les tableaux d'Henri Cadiou sont pour les deux tiers des paysages, des témoignages des endroits qui l’environnent, c'est-à-dire Paris, et le Morvan où la famille passe tous les étés dans la maison familiale de son épouse Myrtille à Moulins-Engilbert.

    Ses convictions picturales s'affirment peu à peu, souvent en réaction contre les mouvements artistiques de son époque. Tout d'abord, Henri Cadiou privilégie une facture rigoureuse, tournant le dos à la facilite en vogue. Ses préoccupations esthétiques se retrouvent dans ses écrits : « Le style vrai est inconscient. Tout ce qui est le fruit d'un raisonnement n'est pas de l'art. Certes, l'artiste peut se servir de sa raison comme le maçon se sert de la charpente, mais l'œuvre achevée n'en doit rien laisser paraître. »

    Un tournant dans les sujets abordés intervient en 1949, avec le début de sa période misérabiliste, à la fois influencée par les souvenirs de son enfance et par le cinéma réaliste d'après-guerre (Carné, Clément, Fellini…). Cette période dure jusqu'en 1956, avec une évolution progressive vers une facture de plus en plus soignée, ainsi qu'une attirance de plus en plus forte pour les natures mortes aux sujets à la fois peu conformistes et profondément chargés de symbolisme.

    Lorsque la longue parenthèse de lutte pour la Cité fleurie se termine, Henri Cadiou a 74 ans. Sa détermination pour défendre sa conception de l'art est indemne, mais l’activité effrénée et un peu à contre-emploi qu'il a dû déployer pendant une dizaine d'années a laissé des traces sur ses capacités physiques. Il continue néanmoins de peindre tous les jours, et réalisera tout de même une trentaine de toiles, dans les neuf dernières années de sa vie, durant lesquelles il se limitera aux natures mortes et aux trompe-l'oeil. C'est à cette époque qu'il réalise son œuvre sans doute la plus connue du public : La Déchirure.

    Il meurt brutalement le 6 avril 1989, après avoir tout de même pris le temps de peindre le sujet qu'il avait en cours et de tenir à jour son journal.

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  • Commentaires

    9
    Vendredi 13 Mars 2015 à 00:12

    c'est moi qui ai écrit le texte qui figure sur votre blog. J'ai également fait un diaporama que vous pourrez voir à l'adresse : https://picasaweb.google.com/alain3607/HenriCADIOUPeintreDeLaRealite19061989#slideshow/5362836525402998258

    Cordialement.

     

    AC

    8
    liedich
    Jeudi 12 Mars 2015 à 18:02

    Bsr, faites une bibliographie imagée...

    7
    Alain Cadiou
    Mercredi 11 Mars 2015 à 19:01

    Très heureux que vous rendiez hommage à mon père. Je ne sais comment perpétuer sa mémoire. Si vous avez des idées, je suis preneur.

    Cordialement.

     

    Alain Cadiou

    6
    Jeudi 18 Décembre 2014 à 17:39

    Interessant. Merci et douce soirée.

    5
    Mercredi 18 Septembre 2013 à 07:53

    Bonjour Michel, merci de votre passage sur mon blog... Satisfaite de voir qu'il vous plait. Bonne continuation dans la peinture... J'adore trouver des peintres et faire un article sur eux... Bonne journée, toutes mes amitiés

    4
    Mardi 17 Septembre 2013 à 17:12

    Bravo pour ce blog !! Cadiou et son fils Gilou ont eu une grande importance dans le fait que je me mette à peindre. Avec tous les peintres de la réalité qui se sont groupés autour d'eux, c'est le triomphe du "beau travail ".

    3
    Lundi 1er Juillet 2013 à 00:28

    Le charme de ses peintures n'a pas pris une ride. Un artiste qui porte un regard frais et intense sur ce qui l'entoure. Merci pour ce bel article, je pense bien à toi, gros bisous et un excellent début de semaine.

    Cendrine

    2
    Dimanche 30 Juin 2013 à 19:42

    Bonsoir Mamie Lucette. J'aime ces peintures. Je n'arrive pas a savoir si sont des photos où de la peinture tellement c'est bien fait. Merci du mal que tu te donnes pour nous instruire...je le dis pour moi. Bonne soirée. Les chats sont tout mignons en faisant leur sieste. Merci ! Bisous et à demain. nani

    1
    Dimanche 30 Juin 2013 à 16:39

    artiste qui mérite d'être connu...même si le soleil a disparu derrière les nuages, il fait bon, les merles chantent, la vie continue...bonne soirée

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