• Sans titre 1

     

    Mars.

     

    Il tombe encore des grêlons,
    Mais on sait bien que c'est pour rire.
    Quand les nuages se déchirent,
    Le ciel écume de rayons.

     

    Le vent caresse les bourgeons
    Si longuement qu'il les fait luire.
    Il tombe encore des grêlons,
    Mais on s'est bien que c'est pour rire.

     

    Les fauvettes et les pinsons
    Ont tant de choses à se dire
    Que dans les jardins en délire
    On oublie les premiers bourdons.
    Il tombe encore des grêlons…

     

    Maurice Carême (1899-1978)

     

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  • Sans titre 2

     

     

     

    L’ange gardien

     
    Le vieux jas de la Vouivre était bien protégé
     Par un ressaut rocheux, surplombant la falaise.
     Félicien le berger s’y venait abriter
     Dès que tombait la nuit. Il s’y sentait bien aise,
     
    Son troupeau endormi rassemblé près de lui.
     Mais un beau soir d’été, un fâcheux incident
     Le retarda d’une heure : une de ses brebis
     Tomba au fond d’un trou ! Un sérieux contretemps !
     
    Il fallut la hisser, la sortir, constater
     Qu’elle était saine et sauve et qu’elle pourrait suivre
     Le reste du troupeau… Puis tout étant parfait,
     On put continuer à monter vers la Vouivre.
     
    On avait parcouru les trois-quarts du chemin
     Quand un énorme bruit, tel un coup de tonnerre,
     Eclata tout à coup. Le brave Félicien
     Fut projeté au sol comme par un éclair
     
    Et soudain submergé par un flot de poussière…
     Tout d’abord assommé, il se précipita
     Vers le jas… englouti sous des tonnes de terre
     Et tout écrabouillé : un monceau de gravats !
     
    La saillie-promontoire s’était détachée,
     Effaçant d’un seul coup toute trace de vie
     Au pied de la falaise. Et le berger sauvé
     Serra tout contre lui son ange la brebis…
     
    Il en fit son amie, jamais ne la vendit !
     Et quand il s’endormait au milieu des pâtures,
     Passait les nuits d’été lové et tout blotti
     Contre la laine chaude et rêche de sa mie.

     

    Vette de Fonclare

    Sans titre 1

     

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  • poème victor hugo

     

    Choses du soir

     

    Le brouillard est froid, la bruyère est grise ;
    Les troupeaux de boeufs vont aux abreuvoirs ;
    La lune, sortant des nuages noirs,
    Semble une clarté qui vient par surprise.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Le voyageur marche et la lande est brune ;
    Une ombre est derrière, une ombre est devant ;
    Blancheur au couchant, lueur au levant ;
    Ici crépuscule, et là clair de lune.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    La sorcière assise allonge sa lippe ;
    L'araignée accroche au toit son filet ;
    Le lutin reluit dans le feu follet
    Comme un pistil d'or dans une tulipe.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

     

    On voit sur la mer des chasse-marées ;
    Le naufrage guette un mât frissonnant ;
    Le vent dit : demain ! l'eau dit : maintenant !
    Les voix qu'on entend sont désespérées.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Le coche qui va d'Avranche à Fougère
    Fait claquer son fouet comme un vif éclair ;
    Voici le moment où flottent dans l'air
    Tous ces bruits confus que l'ombre exagère.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Dans les bois profonds brillent des flambées ;
    Un vieux cimetière est sur un sommet ;
    Où Dieu trouve-t-il tout ce noir qu'il met
    Dans les coeurs brisés et les nuits tombées ?

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Des flaques d'argent tremblent sur les sables ;
    L'orfraie est au bord des talus crayeux ;
    Le pâtre, à travers le vent, suit des yeux
    Le vol monstrueux et vague des diables.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Un panache gris sort des cheminées ;
    Le bûcheron passe avec son fardeau ;
    On entend, parmi le bruit des cours d'eau,
    Des frémissements de branches traînées.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    La faim fait rêver les grands loups moroses ;
    La rivière court, le nuage fuit ;
    Derrière la vitre où la lampe luit,
    Les petits enfants ont des têtes roses.

     

    Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
    Maître Yvon soufflait dans son biniou.

     

    Victor HUGO (1802-1885)

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  • Froid.jpg

     


    Il fait froid ! Et alors…

     

    On grelotte ! Et alors ? La Provence est si belle
    Sous son ciel bleu marine et scintillant du gel
    Des étoiles transies ! Le jour se lève à peine,
    Et son souffle glacé transforme notre haleine

     

    En un léger brouillard qui givre nos lunettes.
    Le sol est si gelé ce matin qu’il craquète
    Dès qu’on pose le pied sur une vieille flaque
    Oubliée par la pluie. Le grand pin crisse et craque :

     

    Son écorce a gelé ! Le Midi a très froid,
    Mais n’est pas encor prêt : c’est la première fois
    En cet hiver tout neuf qu’il se sent concerné
    Par la male saison qui s’en vient le narguer.

     

    Tout recroquevillé, patiemment il s’essaie
    A être raisonnable ; et même s’il s’effraie
    En pensant que son ciel va peut-être neiger,
    Il sait bien que ce temps sera très passager.

     

    D’ici là sur les toits des paillettes-étoiles
    Cliquettent au soleil, qui peu à peu dévoile
    Ses froids rayons d’argent sur l’horizon glacé.
    Le ciel d’un bleu très dur est comme verglacé.

     

    Vette de Fonclare

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  • Sans titre 2

    Les amoureux des bancs publics

     

     Les gens qui voient de travers
    Pensent que les bancs verts qu’on voit sur les trottoirs,
    Sont faits pour les impotents ou les ventripotents.
    Mais c’est une absurdité
    Car, à la vérité, ils sont là, c’est notoire,
    Pour accueillir quelque temps les amours débutants.

     

    Refrain

     

    Les amoureux qui s'bécot'nt sur les bancs publics,

    Bancs publics, bancs publics,

    En s'foutant pas mal du r'gard oblique

    Des passants honnêtes,

    Les amoureux qui s'bécot'nt sur les bancs publics,

    Bancs publics, bancs publics,

    En s'disant des " Je t'aim' " pathétiques,

    Ont des p'tit's gueul's bien sympathiques !

     

     

    Ils se tiennent par la main,

    Parlent du lendemain,

    Du papier bleu d'azur

    Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher...

    Ils se voient déjà, douc'ment,

    Ell' cousant, lui fumant,

    Dans un bien-être sûr,

    Et choisissent les prénoms de leur premier bébé...

     

     Quand la saint' famille Machin

    Croise sur son chemin

    Deux de ces malappris,

    Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux...

    N'empêche que tout' la famille

    Le pèr, la mèr, la fill', le fils, le " Saint Esprit "

    Voudrait bien, de temps en temps,

    Pourvoir s'conduire comme eux...

     

     Quand les mois auront passé,

    Quand seront apaisés

    Leurs beaux rêves flambants,

    Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds,

    Il s'apercevront, émus,

    Qu'c'est au hasard des ru's,

    Sur un d'ces fameux bancs,

    Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

     

    Georges Brassens

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  • Sans titre 2

     

     

    En hiver la terre pleure 

     

    En hiver la terre pleure ;
    Le soleil froid, pâle et doux,
    Vient tard, et part de bonne heure,
    Ennuyé du rendez-vous.

     

    Leurs idylles sont moroses.
    - Soleil ! aimons ! – Essayons.
    O terre, où donc sont tes roses ?
    - Astre, où donc sont tes rayons ?

     

    Il prend un prétexte, grêle,
    Vent, nuage noir ou blanc,
    Et dit : – C'est la nuit, ma belle ! -
    Et la fait en s'en allant ;

     

    Comme un amant qui retire
    Chaque jour son coeur du noeud,
    Et, ne sachant plus que dire,
    S'en va le plus tôt qu'il peut.

    Victor Hugo

     

     

     

     

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  • J'aime ces doux oiseaux

     

    J'aime ces doux oiseaux...

     

    J'aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l'air
    Leur vie et leur amour, et plus prompts que l'éclair,
    Qui s'envolent ensemble !
    J'aime la fleur des champs, que l'on cueille au matin,
    Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
    Qui d'enivrement tremble !

     

    J'aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
    Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
    Qui s'éveillent dans l'âme !
    J'aime l'ange gardien qui dirige mes pas,
    Qui me presse la main, et me donne tout bas
    Pour les maux un dictame !

     

    J'aime du triste saule, au soir muet du jour,
    La tête chaude encor, pleine d'ombre et d'amour,
    Qui se penche et qui pense !
    J'aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
    Tomber en souriant cette amoureuse fleur
    Qu'on nomme l'espérance !

     

    J'aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
    Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
    Une triste harmonie !
    J'aime seule écouter le langage des cieux
    Qui parlent à la terre, et l'emplissent de feux
    De soleil et de vie.

     

    J'aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
    Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
    M'asseoir toute pensive !
    J'aime à suivre parfois en des rêves dorés
    Mon âme qui va perdre en des flots azurés
    Sa pensée inactive !

     

    J'aime l'effort secret du coeur, qui doucement
    S'agite, la pensée au doux tressaillement,
    Que l'on sent en soi-même !
    Mieux que l'arbre, l'oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
    Le saule tout en pleurs, l'espérance des Cieux...
    J'aime celui qui m'aime.

     

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    Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes en France et mort le 24 mars 1905 à Amiens en France, est un écrivain français dont une grande partie des œuvres est consacrée à des romans d'aventures et de science-fiction (ou d'anticipation).

     

     

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  • chateau du souvenir

    Le château du Souvenir

     

    La main au front, le pied dans l'âtre,
    Je songe et cherche à revenir,
    Par delà le passé grisâtre,
    Au vieux château du Souvenir.

     

    Une gaze de brume estompe
    Arbres, maisons, plaines, coteaux,
    Et l'oeil au carrefour qui trompe
    En vain consulte les poteaux.

     

    J'avance parmi les décombres
    De tout un monde enseveli,
    Dans le mystère des pénombres,
    A travers des limbes d'oubli.

     

    Mais voici, blanche et diaphane,
    La Mémoire, au bord du chemin,
    Qui me remet, comme Ariane,
    Son peloton de fil en main.

     

    Désormais la route est certaine ;
    Le soleil voilé reparaît,
    Et du château la tour lointaine
    Pointe au-dessus de la forêt.


    Sous l'arcade où le jour s'émousse,
    De feuilles, en feuilles tombant,
    Le sentier ancien dans la mousse
    Trace encor son étroit ruban.

     

    Mais la ronce en travers s'enlace ;
    La liane tend son filet,
    Et la branche que je déplace
    Revient et me donne un soufflet.

     

    Enfin au bout de la clairière,
    Je découvre du vieux manoir
    Les tourelles en poivrière
    Et les hauts toits en éteignoir.

     

    Sur le comble aucune fumée
    Rayant le ciel d'un bleu sillon ;
    Pas une fenêtre allumée
    D'une figure ou d'un rayon.

     

    Les chaînes du pont sont brisées ;
    Aux fossés la lentille d'eau
    De ses taches vert-de-grisées
    Étale le glauque rideau.

     

    Des tortuosités de lierre
    Pénètrent dans chaque refend,
    Payant la tour hospitalière
    Qui les soutient... en l'étouffant.

     

    Le porche à la lune se ronge,
    Le temps le sculpte à sa façon,
    Et la pluie a passé l'éponge
    Sur les couleurs de mon blason.

     

    Tout ému, je pousse la porte
    Qui cède et geint sur ses pivots ;
    Un air froid en sort et m'apporte
    Le fade parfum des caveaux.

     

    L'ortie aux morsures aiguës,
    La bardane aux larges contours,
    Sous les ombelles des ciguës,
    Prospèrent dans l'angle des cours.

     

    Sur les deux chimères de marbre,
    Gardiennes du perron verdi,
    Se découpe l'ombre d'un arbre
    Pendant mon absence grandi.

     

    Levant leurs pattes de lionne
    Elles se mettent en arrêt.
    Leur regard blanc me questionne,
    Mais je leur dis le mot secret.

     

    Et je passe. - Dressant sa tête,
    Le vieux chien retombe assoupi,
    Et mon pas sonore inquiète
    L'écho dans son coin accroupi.

     

    teophile-gautier

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  • Sans titre 3

    L'Ecole

     

    L'école était au bord du monde,

    L’école était au bord du temps.

    Au dedans, c’était plein de rondes ;

    Au dehors, plein de pigeons blancs.

     

    On y racontait des histoires

    Si merveilleuses qu’aujourd’hui,

    Dès que je commence à y croire,

    Je ne sais plus bien où j’en suis.

     

    Des fleurs y grimpaient aux fenêtres

    Comme on n’en trouve nulle part,

    Et, dans la cour gonflée de hêtres,

    Il pleuvait de l’or en miroirs.

     

    Sur les tableaux d’un noir profond,

    Voguaient de grandes majuscules

    Où, de l’aube au soir, nous glissions

    Vers de nouvelles péninsules.

     

    L’école était au bord du monde,

    L’école était au bord du temps.

    Ah ! que n’y suis-je encor dedans

    Pour voir, au dehors, les colombes !

     

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  • Sans titre 7

    Le Berger et la Mer

     

    Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins,
    Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite :
    Si sa fortune était petite,
    Elle était sûre tout au moins.
    A la fin, les trésors déchargés sur la plage
    Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau,
    Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau.
    Cet argent périt par naufrage.
    Son maître fut réduit à garder les Brebis,
    Non plus Berger en chef comme il était jadis,
    Quand ses propres Moutons paissaient sur le rivage :
    Celui qui s'était vu Coridon ou Tircis
    Fut Pierrot, et rien davantage.
    Au bout de quelque temps il fit quelques profits,
    Racheta des bêtes à laine ;
    Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,
    Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux :
    "Vous voulez de l'argent, ô Mesdames les Eaux,
    Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :
    Ma foi! vous n'aurez pas le nôtre. "
    Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
    Je me sers de la vérité
    Pour montrer, par expérience,
    Qu'un sou, quand il est assuré,
    Vaut mieux que cinq en espérance ;
    Qu'il se faut contenter de sa condition ;
    Qu'aux conseils de la Mer et de l'Ambition
    Nous devons fermer les oreilles.
    Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
    La Mer promet monts et merveilles ;
    Fiez-vous-y, les vents et les voleurs viendront.

     

    jean-de-la-fontaine

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