Patrimoine mondial de l'Unesco : Shirakami-Sanchi - Japon -
Le respect du passé, des anciens et des traditions caractérise le peuple japonais. C'est grâce à l'admirable propension des autochtones à prodiguer des soins, consacrés par de rigoureuses règles de conservation, que la dernière forêt de hêtres qui subsiste au Japon survit.
Les arbres appartenant à l'espèce "Fagus crenata" recouvrent la chaîne montagneuse de Shirakami, dans le nord de l'île de Honshu. Dénommée "Shirakami-Sanchi", s'étendant sur 16 971 hectares et protégée depuis 1992, la précieuse hêtraie se trouve dans une région éloignée, entre 1 000 et 1 200 mètres d'altitude, caractérisée par des hivers rigoureux, avec d'abondantes précipitations à caractère neigeux.
D'un point de vue géomorphologique, les montagnes de Shirakami, composées de roches sédimentaires et intrusives sur une base de granit, sont nées à la suite d'intenses mouvements télurgiques survenus au quaternaire. Le paysage se présente comme une vertigineuse succession de gorges et de déclivités, caractérisées pour la plupart par une pente de 30°. Les rares sentiers disparaissent souvent entre les roches et, bien que d'anciens documents attestent d'activité minière dès le début du IXe siècle (il semble que le célèbre grand Bouddha de Nara ait été coulé avec du cuivre provenant de Shikarami), les vestiges de présence humaine sont presque nuls. Les habitants des villages situés au pied des montagnes se rendent de temps à autre dans la forêt pour ramasser des champignons et des plantes médicinales.
Tous les ans par ailleurs, près de 3 000 sportifs et chasseurs escaladent la montagne de Huatsamori, à la frontière de la zone protégée. Ceux qui fréquentent le mont pour chasser le font pour perpétuer le "matagi", une ancienne chasse cérémoniale à l'ours.
Outre les hêtres, 500 espèces végétales ont été identifiées dans la forêt de Shirakami-Sanchi. Comparée aux autres régions montagneuses du Japon, ce chiffre n'est pas très élevé : néanmoins la flore présente un intérêt certain grâce à la présence de nombreuses espèces endémiques, de quelques plantes considérées en danger à l'échelle mondiale - comme Hylotelephium tsugaruense et Poa ogamontana - et une abondance insolite d'orchidées diverses...
Les arbres et les éperons rocheux inaccessibles sont des sites privilégiés pour la nidification des oiseaux. Des 87 espèces qui ont fait de la forêt leur habitat, certaines - comme le pic noir, l'aigle royal et le spizaète montagnard - font partie de la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Elles ont au Japon le statut de "monument national". Cet anoblissement a également été réservé à deux mammifères qui vivent à Shirakami : le "serow" grand herbivore à l'aspect primitif, et le lérot, un rongeur nocturne qui tombe de torpeur dans les cavités des arbres, pelotonné en boule.
Considérer les animaux et les plantes - au même titre que les pagodes de Kyoto - monuments nationaux est une attitude issue des philosophes d'Extrême-Orient.
Au Japon, la sauvegarde de la nature est un impératif inhérent à la conscience collective : en 1981, bien avant la création de la région protégée, les habitants avaient gagné une bataille contre les autorités, coupables d'avoir approuvé un plan pour la construction d'une route qui, de fait, aurait mis en danger l'équilibre environnemental.
Texte extrait du livre : Les plus beaux sites du patrimoine mondial de l'Unesco.




























